Thursday, July 18, 2024
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pourquoi l’Allemagne est le terrain d’accueil (presque) parfait pour les fans de foot



L’Euro 2024 débute ce vendredi avec le match entre l’Allemagne et l’Ecosse (21h). Outre-Rhin, les spectateurs des 51 rencontres sont placés au centre du projet du comité d’organisation. Pourtant, ce championnat d’Europe se jouera avec une situation géopolitique tendue entre la guerre en Ukraine et le conflit israélo-palestinien. Les supporters ukrainiens seront d’ailleurs présents en nombre pour soutenir leur équipe. A quelques heures du lancement de la compétition, Ronan Evain, Directeur exécutif de Football Supporters Europe, fait le tour des questions d’actualité. 

Comment va se dérouler ce tournoi?

C’est toujours difficile de dire avant un tournoi si celui-ci va bien se passer. Il y a quand même un certain nombre de signaux positifs. Nous sommes dans un pays de foot, les relations avec les supporters ont été mis au cœur du projet dès la candidature. L’idée principale est d’intégrer à la fois les supporters visiteurs mais aussi d’établir un lien de confiance avec les communautés locales. Lors des séminaires de préparation à cette compétition, la police allemande et les fédérations ont montré des vrais signes en faveur des supporters. Donc c’est prometteur. Prenons un exemple, très souvent dans les villes hôtes, les personnes en charge de l’organisation de l’Euro sont elles-mêmes des supporters de football, très souvent abonnés dans le club de la ville. On voit que la priorité de ces personnes reste d’être accueillants avec les supporters pour cet Euro 2024.

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Certains supporters français sont sous le charme de l’organisation…

C’est un soulagement pour les groupes de supporters de revenir à un format plus humain. Après une Coupe du Monde en Russie, une autre au Qatar, on revient à une compétition plus traditionnelle pour les supporters européens. Effectivement, les supporters aiment bien la facilité de déplacement en Allemagne. C’est un Euro assez facile pour les fans. Il y a aussi une vraie différence avec les précédentes compétitions, y compris l’Euro 2016 en France. C’est qu’en Allemagne, les trains circulent tôt le matin, très tard le soir. C’est un énorme avantage qui peut permettre aux supporters d’être moins dépendants du logement dans la ville hôte. Un vrai avantage sur le porte-monnaie des fans.

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Lors de vos échanges avec les supporters, quels étaient leurs préoccupations?

Ce sont surtout les questions autour des animations dans les stades. C’est un Euro qui se veut accueillant avec les supporters, et avec tous les publics. Quel que soit les origines, l’orientation sexuelle… La déclaration des Droits Humains de l’Euro, qui a été publiée en fin d’année dernière, vient définir plusieurs principes fondamentaux qui vont guider l’organisation. C’est très ambitieux et on sort surtout d’une série de tournois organisés dans des états autoritaires. C’est important qu’un pays démocratique comme l’Allemagne puisse publier des engagements forts sur les droits humains.

Sur les droits humains, l’UEFA a publié un communiqué avec de nombreuses annonces cette semaine…

Oui, de nombreuses annonces. Ces annonces découlent de concertations poussées avec toutes les parties prenantes à l’Euro 2024. On va avoir un système pour soumettre des plaintes aux organisateurs si une personne a été maltraitée par un stadier ou si vous pensez que votre dignité n’a pas été respectée à l’intérieur du stade, dans la ville ou autre, vous avez un système en ligne qui vous permet de soumettre cette plainte. Un cabinet d’avocats indépendants va traiter ça et il apportera une réponse. C’est inédit. Il y aura également à l’intérieur des stades un système de soutien aux personnes vulnérables ou en situation de vulnérabilité. C’est-à-dire que si vous êtes victime de discrimination, si vous êtes victime de violence liée à votre genre, à votre orientation sexuelle ou si vous êtes une personne en situation de détresse psychologique, il y aura un personnel dédié et formé à l’intérieur des stades. C’est une approche nouvelle qui découle de ce que réalisent certains des clubs allemands.

Certaines personnes devront même s’assurer que les droits des supporters sont respectés…

Oui, ce sont le plus souvent des personnes qui connaissent bien la ville et qui travaillent en lien avec le foot. Très souvent, ce sont des référents supporters. C’est par exemple le cas de Schalke, la personne en charge de la liaison avec les supporters du club va travailler en lien avec des fans de tous les pays pendant la compétition. Cet Euro sera très différent, même par rapport à 2016 où la compétition a été marquée par la menace terroriste.

Il y a encore des incertitudes?

Tout n’est pas parfait. Par exemple, le réseau ferré allemand est assez peu fiable, beaucoup de retards. Autre incertitude, l’approche policière. L’Allemagne a l’habitude d’opérer des contrôles stricts à ses frontières au moment des matchs européens. Les supporters de l’OM ou du PSG connaissent ces méthodes. On se pose donc des questions sur l’approche de la police fédérale. Nous sommes dans l’Union Européenne normalement les dispositions sont claires. Cela étant, les derniers tournois ont montré que si vous accueillez les gens dans des conditions optimales, ça va renforcer la sécurité de votre manifestation.

On pourra voir des “fans walk” pendant ce tournoi?

C’est quelque chose qui est tout à fait le bienvenu de la part des autorités allemandes. Et puis de manière générale, une facilitation des tifos dans les stades, des tambours, des mégaphones. Avec un niveau assez inédit pour une compétition de ce type. Donc oui, on pourra organiser des cortèges, sauf peut-être à Munich parce que le stade est vraiment très loin du centre de la ville. En revanche, il n’y aura pas de tribunes debout pendant la compétition. L’explication est tout à fait logique, c’est un problème d’équiter entre les nations. Peut-être que les stadiers seront un peu plus dans la discussion et l’échange par rapport à d’autres pays.

Pensez-vous qu’il est logique de parler d’une crainte autour de cet Euro avec le hooliganisme?

On se dirige vers une compétition avec un risque quand même assez faible au sujet des violences. Contrairement à 2006, où il restait des embryons de la mobilisation des hooligans autour de l’équipe nationale allemande, ça n’existe plus. On est sur un public très, très familial. Évidemment que c’est un pays central. Les gens vont se déplacer en nombre. Néanmoins, les risques d’affrontement autour des équipes nationales sont aujourd’hui relativement minimes. Le risque existe toujours. Mais le travail de renseignement et de prévention qui est fait par la police allemande semble tout à fait performant.

L’UEFA va surtout devoir faire face à des contestations politiques…

Oui, c’est un tournoi qui sera assez particulier pour les contestations politiques. C’est tout à fait inédit. J’espère surtout que les spectateurs pourront s’exprimer sur des opinions politiques ou sur la situation dans leur pays, dans le cadre du droit bien évidemment. Il est important que les supporters puissent s’exprimer. Ça fait partie des engagements de ce tournoi sur les droits humains. Il y aura aussi un cas particulier avec l’Ukraine. La communauté ukrainienne est très importante en Allemagne. La Fédération a vendu l’intégralité de ses places et des responsables d’associations vont pouvoir quitter le pays le temps de la compétition. La fédération ukrainienne a mis en place une politique assez ambitieuse de relations avec ses supporters. Donc je pense qu’on aura beaucoup de supporters ukrainiens qui seront bien représentés, très visibles et puis qui vont faire honneur à leur pays, tout comme les Géorgiens.

Nicolas Pelletier, à Munich (Allemagne)



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