Tous les ans, la campagne du Ballon d’Or agite le monde médiatique. Cette saison, l’incertitude autour du futur gagnant a transformé l’obtention de cette récompense individuelle en une véritable campagne électorale… avec toutes les dérives possibles.
Quand le sport collectif devient très individuel. Depuis plusieurs semaines, la campagne médiatique autour du Ballon d’Or agite le petit monde du ballon rond. Tous les jours, les joueurs concernés par ce possible sacre, le 26 octobre prochain à Londres, sortent du bois médiatiquement pour tenter de convaincre les journalistes votants. Ils sont 100, issus des 100 premières nations au classement Fifa, à voter pour ce Ballon d’Or, avec une voix par pays. Les votes de cette année seront clos le 28 septembre.
Ces dernières heures, c’est donc la course à la communication. Différentes stratégies sont adoptées par les candidats. Certains, à l’image de Kylian Mbappé, décident de créer une présence médiatique permanente. Ces méthodes sont souvent réfléchies par les entourages, eux aussi omniprésents auprès des journalistes pour faire passer des éléments de langage. D’autres joueurs, comme Harry Kane par exemple, choisissent une méthode différente, avec seulement un ou deux entretiens dans des médias prestigieux, sans compter la traditionnelle (et longue) interview à France Football, l’organisateur de l’événement. Les clubs concernés jouent aussi un rôle essentiel dans cette fabrication médiatique, en étant beaucoup plus ouverts que d’habitude ou simplement en mettant en avant les statistiques et les bonnes performances de leurs joueurs auprès des journalistes. Les grands clubs européens, notamment en Espagne, gardent cette force de frappe impressionnante auprès des journalistes locaux.
« Cette année est la plus difficile »
RMC Sport a approché trois journalistes qui vont voter pour le Ballon d’or 2026, sur différents fuseaux horaires et sur différents continents. « Très franchement, vous évoquez la campagne médiatique de certains joueurs, mais je n’ai vu que très peu de ces sorties, il ne faut pas se fier aux réseaux sociaux qui amplifient les phénomènes et les critiques, ces vidéos ne vont pas m’influencer lorsque je vais donner mon top 10 », concède un premier journaliste votant, notamment au sujet de la très forte présence de Kylian Mbappé dans les médias. Tout en ajoutant qu’il ne comprend pas trop l’intérêt de ces « sorties à répétition », sauf dans le cas où un jour va accorder un entretien au journaliste votant: « Et là, je trouve que ça peut perturber le vote ». En Espagne, le journaliste de AS, votant pour le Ballon d’Or, a réalisé l’entretien avec Kylian Mbappé.
« C’est une année plus ouverte que les autres, c’est donc difficile de trouver un joueur qui fait l’unanimité parmi la liste proposée », concède un autre juré, lui aussi s’exprimant de manière anonyme. Avant de poursuivre: « Tu peux considérer qu’il y a des joueurs qui ont brillé pendant la saison mais qui n’ont pas brillé pendant la Coupe du monde. Il y en a d’autres c’est l’inverse. C’est compliqué de trouver un joueur qui a brillé sur les deux parties de la saison. Certains joueurs ont des solides arguments individuels mais pas collectifs. Moi je ne suis pas un votant depuis très longtemps, mais cette année est la plus difficile. »
Cette figure publique et connue dans son pays, qui a reçu le mail de l’organisateur lors de l’ouverture du vote, garde sa « discrétion » et reconnaît avoir « un devoir tout au long de la saison » pour établir ce classement final. « Un votant doit suivre la saison, analyser les faits, les statistiques, de manière à avoir une idée claire pour le jour du vote », affirme-t-il. Depuis quelques jours, ce dernier a réalisé son choix pour la première place de ce classement. Mais il doit ensuite compléter son top 10. « On doit aussi tenir compte du reste du classement, le 2e doit être meilleur que le 3e, etc… », complète ce juré. Très loin de ce votant contacté par RMC Sport, sur un autre continent, un journaliste concerné est moins décidé sur son classement final. « Je suis actuellement dans ma phase de réflexion finale », ajoute-t-il. Et de poursuivre: « J’ai réalisé mon choix sur la première place depuis la fin de la Coupe du monde. »
Un journaliste votant: « Certains proches de joueurs ont essayé de me contacter »
L’omniprésence des entourages ne change pas grand-chose à la manière de voter. « Oui, certains proches de certains joueurs ont essayé de me contacter, je vois aussi des mails arriver et des marques d’intérêts à certains moments de la saison mais je n’y fais pas attention », poursuit ce votant dans le sud de l’hémisphère. Tout en ajoutant une précision sans réellement entrer dans le détail: « Vous savez, c’est souvent subtil au niveau de l’approche qu’ils peuvent réaliser et la plupart du temps ce n’est pas l’agent du joueur directement, ça utilise d’autres formes. » Dans certains pays, la pression du vote est très forte, et des fans de football ne comprennent pas certains choix qui ne sont pas communautaires, en privilégiant la star locale. « La plus forte pression? Lorsque nos votes sont publiés », sourit l’un d’eux.
Sur l’aspect purement sportif, chacun y va de son avis. « Kvaratskhelia a le désavantage d’être Géorgien, si on ne regarde pas la Coupe du monde, il est assuré d’être top 3 », ajoute un juré avec une belle expérience dans le journalisme. Et de poursuivre: « Ensuite vous avez les meilleurs buteurs: Kane et Mbappé. Harry Kane a gagné la Bundesliga et la Coupe d’Allemagne cette saison. Mbappé n’a rien gagné. » « Pour les votants, la question qu’on se pose est: ‘Qu’est-ce qu’on juge?' », admet l’un des journalistes contactés par RMC Sport, avant de citer les critères du Ballon d’Or et explique que « c’est aussi un sentiment personnel ». Un juré admettra qu’il a planché pendant deux jours pour établir son top 10 du Ballon d’Or. Un choix pas facile.