dimanche, septembre 20, 2026

« Vous allez voir beaucoup de drapeaux arc-en-ciel dans le stade », malgré les critiques, Seattle prêt à faire la fête pour son Pride match day

Baptisée « match des fiertés » par le comité d’organisation de la ville, la rencontre opposant l’Egypte et l’Iran qui se jouera à Seattle (samedi 5h, heure française) sera scrutée sur le terrain mais aussi en dehors. Si l’opposition des deux pays est vive, Hedda McLendon, l’une des responsables de l’organisation, veut croire que le message d’inclusion porté sera plus fort que les polémiques.

Non, ce n’est pas une provocation mais une fête. « La ville de Seattle célèbre la fierté le dernier week-end de juin depuis plus de 50 ans. C’est une part de notre histoire. Seattle est une ville différente. C’est une ville d’inclusion où notamment la communauté LGBT plus qu’ailleurs est historiquement considérée et protégée. Nous avons notamment une grande parade qui réunit plus de 300.000 personnes. Quand nous avons reçu notre programmation des matchs, avec une rencontre le 26 juin, il était évident d’y associer la Coupe du monde. » Et peu importe pour Hedda McLendon, la vice-présidente du comité d’organisation Seattle World Cup 2026, si le hasard du tirage au sort est tombé sur l’Egypte et l’Iran.

« Oui, l’Egypte et l’Iran font partie de 65 pays qui criminalisent les gens pour être gays, nous sommes conscients de ça mais nous préférons y voir une opportunité pour apporter de la visibilité aux fans de l’Iran et de l’Egypte sur comment une autre culture célèbre la communauté LGBT », lance t-elle.

« C’est ce que nous voulons essayer de faire. Montrer au monde ce que c’est que d’accueillir un méga évènement comme une Coupe du monde qui unifie le monde en y célébrant l’inclusion pour unir au-delà de l’équipe qu’on supporte. J’espère que tous les supporteurs se sentiront accueillis. J’aimerais qu’ils se sentent curieux, qu’ils posent des questions, qu’ils partagent et qu’ils apprennent pendant qu’ils sont là. La Coupe du monde a été organisée en Russie, au Qatar. Elle devrait aller aussi en Arabie Saoudite. Il y a différentes cultures, différentes valeurs, différentes politiques et différentes religions. C’est vrai aussi à Seattle et aux Etats-Unis. Quand les fans vont dans leur pays, ils espèrent j’imagine qu’on découvre et qu’on respecte la culture locale. Ici, nous voulons accueillir tout le monde et qu’ils respectent notre culture locale pendant ce week-end et ce match des fiertés. »

Cela ressemble à un voeu pieu. Déjà présents à Seattle lors de leur premier match du Mondial face à la Belgique, les supporters égyptiens n’étaient pas très à l’aise à l’idée d’évoquer ce match des fiertés. Un mouvement de recul, un non avec les mains. Croisée près du Lumen Field, cette famille égyptienne installée en Californie depuis sept ans n’était pas plus loquace. « Je pense que tout le monde doit se focaliser pour voir un bon match même si les cultures sont différentes. On ne doit pas se centrer sur ces questions-là. Je ne pense pas qu’il faille mettre de la politique dans ce moment. Tout le monde veut juste profiter d’un match de foot et passer un bon moment », évacuaient-ils rapidement.

Le protocole autour du match ne changera pas

Mahmoud Essam, journaliste égyptien au média Yallakora, lui se montrait plus ferme. « Dans notre pays, ce n’est pas légal. On a un problème avec cette question et nous faisons tout notre possible pour mettre cette histoire de fierté loin de nous. Nous sommes aux Etats-Unis. On doit accepter leurs traditions et leurs règles mais il y aussi nos traditions et nos règles et nous voulons rester loin de ça. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent pour faire passer leur message à leur pays mais nous ne ferons rien pour participer à ça ou encourager ça. »

Pour cette rencontre, le protocole autour du match ne changera pas. Aucune action particulière n’est prévue dans l’enceinte du stade et la Fifa, mise sous pression par les fédérations iraniennes et égyptiennes, fait bien en sorte de rappeler qu’elle n’est impliquée en rien dans cette initiative. Les abords du Lumen Field en revanche donneront donc lieu à des manifestations festives célébrant la fierté LGBT comme ce sera le cas dans toute la ville. « Coupe du monde ou non, quand vous venez à Seattle pour le Pride Weekend, les bâtiments, les boutiques sont aux couleurs LGBT. Partout on ne peut pas les manquer! », raconte Hedda McLendon. « Donc je pense que vous allez voir beaucoup de drapeaux arc-en-ciel comme vous verrez des drapeaux égyptiens et iraniens dans le stade. Je pense que beaucoup de gens vont vouloir célébrer ça ».

Qu’en dit vraiment la Fifa? Selon plusieurs sources, contactées par RMC Sport, l’instance internationale confirme que les drapeaux arc-en-ciel, conformément au statut de la Fédération, sont autorisés comme dans tous les autres stades du Mondial. Tous les drapeaux qui représentent l’identité sexuelle et l’orientation sexuelle sont des drapeaux défendant les droits humains. Pour le moment, l’idée n’est pas de les interdire même si en interne, on ne cache pas que la cohabitation avec les drapeaux égyptiens et iraniens dans les tribunes suscite quelques craintes. 

Xavier Grimault, à Seattle (Etats-Unis)

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